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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 21:21

imagesPRINTEMPS - (An 1 avant An 00)

Je suis sûre que je les aime, j'ai pleuré toute seule sur les photos de leur petite enfance encore ce matin.

Ces émotions trop fortes devant leurs sourires ou leurs grimaces, leurs poses pleines de bonne volonté pour me plaire. Ces émotions passéistes , il faut que je les noie, que j'anesthésie les picotements au coeur, les gonflements des poumons, l'étranglement de la gorge. J'ai pris mon lithium, mon seroplex, mon atarax (j'ai divorcé du lexomil et du xanax), je vais retrouver mes potes infortunés à "Notre Fortune du Pot", mon pot de terre où je m'engouffre refusant de faire face au pot de fer. Il est 11 h du matin et je vais boire mon premier blanc des Abysses. C'est convivial l'apéro dans les bistros de quartiers. 

J'ai mis un trait bleu électrique sur mes paupières gonflées, du rose clair sur mes lèvres violettes et sur mes pommettes blafardes, du ricil pour étoffer mes maigres cils.Boudinée dans mon jean noir, je n'ai pas encore dégonflé des effets du tercian et du zyprexa. Je suis corps et âme assujettie aux effets secondaires des mes thymorégulateurs, antipsychotiques, ou antidépresseurs et anxiolytiques.

J'emmène dans mon sac toujours chargé à bloc en cas de départ urgent, mon petit livre du calme, même si je n'arrrive plus à lire plus de 3 lignes de suite.

 Mon premier verre de blanc dans la main, seule au comptoir pour l'instant, je me dis encore et encore que je suis sûre de les aimer. Je me demande pourquoi je les livre à eux mêmes, comment j'en suis capable, mais pas si eux le sont. Ils sont tellement plus forts que moi. C'est eux qui me montrent à quoi peut ressembler la résilience, l'autonomie, la capacité à la vie, au rire, à la colère. Je les observe, rassurée, je ne suis pas capable de tout ça, et eux, sans repère, ni père, ni plus de mère, ils peuvent.

 J'espère que quelqu'un va arriver,me tenir compagnie, me dire 2 ou 3 conneries, sinon je flanche, ou je bois comme une seule.

 De toute façon, je ne guetterai qu'une seule silhouette, massive et douce à la fois, un seul regard de braise et de fièvre, une tignasse bouclée encore presque noire, un teint hâlé de n'être exposé qu'au monde du dehors , deux paluches aussi légères que démesurées sur mes épaules rentrées, quand il dépose délicatement un chaste baiser sur mon front de ses lèvres charnues. Chaque jour, je ne guette que ce personnage là, presque toujours en vain. Dès que quelqu'un entre, s'asssoit près de moi et commence à me parler, mes yeux roulent de mon ou mes compagnons de beuverie à la porte qui ne s'ouvre presque jamais sur lui.

images (55) Aujourd'hui, c'est un jeune homme qui entre le premier, Chraspok, enfin trop jeune pour s'être battu en Yougoslavie et en revenir brisé. Sa femme l'avait bien attendu, mais ne l'a pas reconnu. Ce n'était plus l'homme avec lequel elle avait batifolé, convolé, correspondu, non c'était un tout autre, qu'elle n'aimait tout simplement pas. Elle aurait été malhonnête de faire semblant, elle ne l'a pas trahi, pas trompé, ne lui a jamais menti. Et c'était aussi être honnête que de partir... Chraspok ne pouvait rien changer à ça, à sa propre métamorphose, à son amour intact envers une femme qui elle même était restée telle qu'il l'aimait, au fait qu'il ne pouvait redevenir celui d'avant, ni oublier, ni faire table rase. Il ne commandait pas ses cauchemars, ses hurlements qui déchiraient les sommeils du quartier, il ne commandait pas ses obsessions, ni son mépris de la légèreté apparente de ses acolytes de comptoirs... Il s'échauffait, il s'empourprait, il revivait les combats contre des inconnus prétendus ennemis, il était coléreux et cherchait la merde, résigné en plus qu'aucune main douce ne l'effleurerait avec désir et simplicité... Environ 30 ans et les plaintes des voisins lui pendant au nez, en plus de ses innombrables bières, on l'assommera quotidiennement de puissants antipsychotiques en soins ambulatoires. Il sera libre et décadent jusqu'à épuisement.

 J'aime bien parler doucement avec Chraspok, avant que la quantité démesurée nécessaire pour commencer à le terrasser fasse son effet, car entre les horreurs de ses nuits et celles engendrées par ses beuveries, Chraspok est un garçon presque exagérément rêveur, et plein de projets improbables. Il est en outre un travailleur acharné et courageux qui parle avec enthousiasme des tâches trop lourdes qu'on lui confie pour valoriser sa force physique, et les contraintes horaire qu'on lui impose, que ses insomnies lui permettent d'honorer.

 Comment se mettre un seul instant à la place d'un jeune homme en train de tirer sur une sorte de sosie étranger, qui estimait comme lui ne faire que son devoir, et qui découvre une fraction de seconde trop tard que ce devoir là, dans l'absolu, n'existait même pas ?

Question toute aussi difficile à affronter que celle d'anticiper la perte de mon (ton - vôtre) enfant...

 C'est le jour et l'heure où Chraspok est calme. Il a dessaoulé de la veille, écarté de son esprit les dernières hallucinations de la nuit, et n'a bu qu'une dizaine de bières à d'autres comptoirs avant d'entrer à "Notre Fortune du Pot". Aujourd'hui il est calme et même muet, moi-même je ne sais que lui dire, et la solitude à deux est encore plus lourde à porter...

images (52)J'ai l'idée surfaite de sortir un papier pour écrire des pensées. Je voudrais parler de tendresse mais rien ne vient. Je crois que je n'ai pas de tendresse. Je n'aurais à écrire que des désirs inassouvis, des frustrations, de la culpabilité dont personne ne se doute. Des états d'âme sans intérêt me dis-je. Le fait est que je suis aussi incapable d'écrire que de lire plus de 3 lignes.

 J'en suis à mon 3è ou 4è verre de blanc, je m'excite un peu, je commence à faire des jeux de mots débiles. Pendant que je cherchais l'inspiration, le bar s'est empli. Je n'ai jamais interrompu mon jeu de regards vers la porte d'entrée pour LE voir la première s'IL arrivait.

Il n'est que midi. Samedi. Il doit aller de marché en marché, c'est la fin du printemps moins 1 avant l'an 00, il fait vraiment beau et assez chaud depuis quelques jours, il doit avoir une mine superbe. Il passe pour être laid et négligé, je le vois port altier auréolé de lumière, éternellement fiévreux, me semble pétri de pensée et de sagesse. Il parle peu mais toujours d'une voix basse et polie. Il vit dehors, ses vêtements sont fatigués, mais lui est grand et droit. Il se découvre peu même aux beaux jours. Sec mais robuste, ses muscles se dessinent à travers ses pulls et ses jeans bien à sa taille. L'hiver, il porte des cols roulés, un long vieux manteau de cuir et laisse pousser un peu sa barbe. L'été, les cols ouverts laissent au regard une pomme d'Adam saillante sur un cou fort et est le plus souvent rasé de près. Son visage s'est vite buriné, des vents d'hiver aux soleils d'été, depuis quelques années qu'il traîne par là. J'ai 46 ans, je parais plus, peut être lui aussi. Je sens bien que mon admiration est exagérée, elle n'est fondée que sur son aspect physique, sur son comportement paisible. Mais il m'obsède. Depuis combien de saisons me gratifie-t-il de son simple baiser sur le front, et plaisantons-nous quelques fois au hasard de quelques rencontres autour d'un verre ? Je me dis que j'ai préservé mon rêve de femme pour lui, et que c'est à moi de réveiller son rêve. Il a l'air d'un ascète sexuel, et moi j'oublie les bras dans lesquels je me suis endormie trop saoule, trop souvent, ces dernières années.

 Les photos sur lesquelles je pleurais ce matin me reviennent à l'esprit. Des bacs à sables, des piscines, des plages, et deux marmots tout nus ou en maillot de bain, bronzés et faisant semblant de grelotter, sortant de l'eau en pein soleil. L'hiver, emmitouflés dans les anoraks, écharpes et gants colorés etc etc... J'ai essayé d'arrêter mon regard sur quelques-unes, rares, ou moi-même, leur mère, si jeune, étais photographiée avec l'un deux dans mes bras, comme une vierge à l'enfant moderne et un sourire de bonheur tranquille que je serais incapable de reproduire aujourd'hui. J'étais heureuse mais aussi triste que maintenant, j'ai toujours été triste, il ne fallait pas se laisser prendre par mes éclats de rire.

Comment pourrais-je deviner que le bonheur simple me reviendra et que je serai joyeuse aussi ? Comment imaginer tous les futurs nécessaires renoncements,  les accords que j'établirai avec moi-même, et aussi face au reste du monde ?

En attendant personne dans ma vie n'est à sa juste place, je confonds tout, je me crois seule.

ETE - An 4 avant An 00 (Flaschback)

Maman est venue comme chaque été, elle a rencontré le grand Manko, un homme marié adultérin, mon amant du moment.

ETE - An 3 avant An 00

Maman est venue comme chaque été, elle a rencontré le petit Kirpif, un homme marié libertin, mon amant du moment.

Les étés suivants, elle ne viendra plus, elle a des douleurs, elle commence à être fatiguée de ses voyages à travers toute la France pour voir ses enfants.

ETE - An 2 avant An 00

C'est moi qui me suis déplacée avec mon aîné grand enfant. Nous avons fêté un grand âge de maman dans la maison et sur le grand terrain de son aîné enfant. Quelques jours avant, je sortais des urgences psychiatriques. Mon amant du moment était parti du jour au lendemain prendre l'air, là où vivait son ex-compagne. Sentiment exagéré d'abandon, trop d'alcool sur les médicaments habituels = délires hallucinatoires = urgences psychiatriques. Ma famille est inquiète, effarée, choquée. Je crois que tout le monde pense que je suis devenue alcoolique. Heureusement mon aîné enfant a l'air d'applomb. c'est vrai que je vis dans un milieu de bars, que je bois trop, mais si l'alcoolisme me guette, il ne me happera pas. Personne ne mesure l'ampleur de ma maladie, celle qui ne se soigne pas avec toutes les licites drogues que l'on me prescrit. Mon audace est mal placée, mes provocations aussi. Je n'aurais pas voulu ça pour ma mère. Mais ma souffrance est à hurler, je ne sais plus quoi faire.

images (74)ETE - An 1 avant An 00

Je bois déjà beaucoup moins mais mon amant du moment boit de plus en plus. Pendant que ses potes me sourient, me convoitent, me draguent grossièrement et qu'ils me révulsent, il s'abîme et s'enfonce dans d'interminables derniers verres, et je dors seule, écrasée de benzodiazépines, de frustrations, de dépit, d'amertume, du gâchis des vacances ratées. Mais je ne lâcherai pas prise tant qu'il ne me désirera pas, c'est à dire dans trop longtemps, quand enfin moi-même je ne supporterai plus le moindre grain de sa peau, le simple timbre de sa voix, le plus petit de ses mensonges, la plus minable de ses jalousies. 

Je n'étais pas une compagne facile ni rassurante, j'étais malade, sur médicamentée sur ordonnance, avide d'être désirée et aimée de cet homme là, qui ne pouvait pas être et faire autrement que ce qu'il était. J'étais en péché d'orgueil et de convoitise.

A côté de ça, ma gentillesse, réelle, était bien peu de chose. Ma bêtise supplantait tout et c'était un amour impossible, tu sais, ce genre d'amour inoubliable, nourri uniquement de rêves non partagés, d'hypothèses irréalisables, d'obstacles insurmontables. 

Ce genre de passion destructrice...

ETE - quelques semaines avant l'An00

Service de réanimation intensive au C.H.U pendant 5 jours et 3 dialyses dans un coma artificiel où corps et âme j'ai lutté dans les nimbes de l'inconscient contre le SUR-excès des ces médicaments licites et prescrits pendant des années, qui ne m'auront aidé à guérir (on dit rémission, pas guérison non-non-non) que par le rejet déterminé que j'en ai fait enfin. Plus (+) 2 grosses semaines au service médico-légal.

images (27)ETE An 01

Je suis  enfin douce avec moi-même avant tout autre. Je ne suis plus avide de rien. Je sais la place que chacun tient dans ma vie. Je ne confonds plus rien ni personne. Je ne désire plus être aimée, et maintenant je sens qu'on m'aime et comme on m'aime. Et l'amour que je ressens est grand, beau, fort. Oserais-je dire ... universel.

 

Le personnage que je guettais assidûment n'existe pas, il n'est que le fantasme de ce que je souhaite être, cet être libre et solide que je deviendrai quand je me sentirai entourée de lumière.


Chraspok est un exemple douloureux de mes rencontres de bars. Je n'oublie pas tous les autres.


Demain, avec d'autres, j'écouterai ailleurs ces gens seuls, malades ou brisés, je serai capable d'aller sur leurs collines et leur dire, sûre de moi : "vous n'êtes plus tout à fait seuls".
 

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Published by DES CAUCHEMARS, UN REVE et LA VIE - dans ENTRE SOMMEIL ET EVEIL
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marie 30/06/2011 11:09


votre écriture m'emplit d'émotions..merci


natalis00, DES CAUCHEMARS, DES REVES et LA VIE 02/07/2011 07:38



Chère Marie,


C'est la première fois que je reçois un "commentaire", alors je vous remercie aussi, car j'aime les premières fois emplies d'émotions...



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