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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 22:33

Je t'ai voulue, je t'ai cherchée, et je t'appelle tous les jours.

Et tu es venue, ou bien je t'ai trouvée

T'es là, t'es bien là

ma solitude chérie, lit de mon repos quand je suis épuisée.

Je peux te faire à mon gré silence ou musique, rêve ou grand vide

Je peux te faire bord de rivière ou bord de mer,

là où tous les tracas perdent sens

parce qu'ils n'ont pas de place dans l'essentiel

En toi, j'aperçois la paix,

tu défies mes tempêtes en m'offrant le grand calme

Ces derniers temps, j'ai mal

Tu me soulages

Tu me permets les larmes, qui me lavent de mes doutes

Tu me permets la colère démesurée

Tu me permets de dire et répéter à l'infini mes dégoûts et mes désirs

mes rejets

mes exagérations

et de lâcher prise enfin

Tu me laisses écouter mon instinct

Tu accordes une place à l'irrationnel où se trouve parfois une réponse, un sourire

Tu m'aides à trouver la confiance et l'amour quand j'ai eu peur de les voir s'éloigner

Tu me chantes une berceuse avec la voix rocailleuse de Plume Latraverse :

"Ne pleure pas petite fille, ne pleure pas

Même si les gens sont méchants

Ne pleure pas"

Tu me fais rire dans mes larmes

C'est assez rare finalement les gens méchants...

Mais les gens petits, c'est pas rare

Alors tu me dis que tout ce qui me paraît petit me grandit...

Et dans tes bras, je m'endors sereine...


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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 16:22

 

Epicerie-sourire.jpg

Je reviens de chez Rachid, à quelques rues de chez moi, épicier au visage légèrement émacié en ces temps de Ramadan, et plus souriant que jamais. En revenant les bras chargés, je repense toute seule, souriant encore aussi (car c'est agréablement contagieux ces choses là) à ses derniers mots : "Ici, tout le monde est gentil, c'est comme une famille, on est là pour se dépanner".  A quoi j'ai répondu sans grande spiritualité : "Ah, ça me fait plaisir de vous entendre parler comme ça !" et de se souhaiter tous deux une bonne fin de journée.

Donc, je rentre alourdie par le poids de mes quelques courses de dépannage, souriant aux anges, mais vraiment aux anges, car les 4 grands gars, quasiment de la famille, devant lesquels je passe ne me jettent pas un regard, ni à mes paniers, ni... ni à rien du tout qui n'est pas eux eux eux....

Ca me fait repenser, par association d'idées, à il y a quelques jours, quand mon panier s'est renversé à mes pieds, et ceux de plusieurs adultes inconnus cette fois, et là aussi (ou non plus), pas un regard, pas une réaction, ni évidemment un coup de main pour m'aider à en ramasser le contenu. 

Oh merde, mon joli sourire Rachidien se tortille, et plein d'autres exemples de non-entraide me viennent à l'esprit à toute vitesse.... Oh merde.... Vite, autre chose !

Pas besoin de chercher, la courbe intellectuelle de mon biorythme est dans le grand positif en ce moment, et hop ! Un autre souvenir, plutôt drôle celui-là, me revient : Je viens de rentrer à la maison, j'ai un peu chaud, et donc j'enlève mon gilet, me retrouvant en débardeur devant mon fils aîné qui me dit "Tiens, tu t'es musclée maman !". Ca oui, j'ai ri de bon coeur, comment me serais-je musclée ? Devant l'ordinateur une bonne partie de la journée ? Alors que je ne fais plus de sport depuis plusieurs années ? En lisant dans mon lit ? Au cinéma ? Alors que la plupart de mes autres activités sont méditatives ou contemplatives ? Ah ah ah ah hi hi hi hi ho ho ho ho !!!!!!

Bah voilà, aujourd'hui j'ai compris ! Il ne se foutait pas de moi, nnon nnon, j'ai vérifié, c'est vrai, mon torse de femme un peu mûre quand-même n'est pas si mou, et depuis quand ai-je retrouvé cette tonicité ?

Je ne voudrais vraiment pas faire mentir Rachid, mais je dois bien reconnaître que c'est depuis que je ne compte plus tellement sur l'entraide... (Je passe sur l'énumération des tâches journalières et autres bricolages de la vie courante qui peuvent muscler leur petite femme ....)

Non--pas-a-ce-point-la--.jpg

 

 

 

Non ! pas à ce point là !

Les-taches-menageres-qui-musclent-leur-petite-femme.jpg

Euh.... Très exagéré encore, mais moins mégalo quand même !

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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 07:23

J'lui ai écrit des lettres et des lettres,

il m'a jamais répondu

( Charlélie)

Je n'ai plus envie de parler de P. qui fait maintenant partie du grand tout, une infime partie.

Non, aujourd'hui, j'ai envie de marquer le coup. C'est bientôt le 2ème anniversaire de ma renaissance, bientôt le 27 juillet, fête de la natalité, comme Noël pour Jésus (si, si, c'est vrai, Noël, Natalis, ça veut dire la même chose) et ma nouvelle année sera une semaine plus tard, le 3 août 2011, premier jour de l'an 02.

Le 3 août de l'an 00, j'étais sortie de l'hôpital depuis 4 jours, et mes deux grands frères, habitant lointainement, qui étaient venus pour l'occasion, repartaient ce jour-là, me laissant à la vie avec mes enfants. Ils avaient passé un week-end complet à récurrer ma cuisine de fond en comble (mon appartement était devenu une poubelle), et le soir pour se détendre, ils allaient boire ensemble une bière ou deux dehors.

Je dormais sur le matelas neuf apporté par mon frère aîné, pour remplacer celui des mauvais souvenirs, sur lequel j'avais fini par gerber vomis et sang (et mon autre frère avait apporté des draps propres). Il avait aussi fait nettoyer la couette en plumes d'oie ou de canard, sous laquelle je me réfugiais malgré la chaleur de l'été. Depuis, je l'ai donnée à P., qui me l'a demandée, revendiquant une certaine "paternité" sur elle. C'est lui dont le corps s'enveloppe de cette couette des mauvais souvenirs aussi, où quelques traces de mon vomis ont subsisté au lavage à sec du pressing. Moi, j'ai une immense couverture en laine naturelle qui me vient du bon temps de la Tunisie.

Voilà, ils étaient partis à leurs propres vies, qui n'étaient pas sans soucis.

Et donc, moi-même j'étais en vie, mais une ombre encore.

Ombre de femme face à la vie

Parfois, je racontais à mes enfants mes hallucinations à l'hôpital comme si j'y étais, comme une gamine mythomane qui décrit des souvenirs aussi précis qu'improbables. Ils riaient des horreurs dont je fus emprise jours et nuits, ils riaient parce-que c'était tellement invraisemblable, et j'avais l'air si convaincue... Ils m'en redemandaient.

Mais dès lors qu'il fallait faire un effort de réminiscence, cela devenait impossible, je voulais oublier, soumise subitement à la douleur des entraves, de l'étouffement, du besoin de fuire.

Femme-asphyxiee.jpg

Mais ce n'est pas de ça dont je voulais parler.

Non, je voulais dire que, toute rennaissance ressentie, la vie avait repris son cours sur la femme de 47 ans que j'étais, mûrissante, et bien que meurtrie, terriblement emplie d'amour.

Depuis deux ans, l'amour va grandissant, mon coeur s'élargit de plus en plus, ne pouvant plus se contenter d'accorder tout son temps, tout son sang et ses battements, à un seul homme.

Et tandis qu'il bat plus encore pour mes enfants, mes amies, ma mère, et pour les mondes de ceux qui souffrent, et de ceux qui partagent et s'unissent, mon corps de femme suit son cours vers le vieillissement.

Vers-le-vieillissement.jpg

Ma peau, mes cheveux, mes ongles, ma langue, mes lèvres se déssèchent, et surtout mon ventre... mon ventre de femme se déssèche de l'intérieur, me faisant souffrir encore de façon inattendue lors de cycles irréguliers, et m'empêchant peut-être de désirer à nouveau, physiquement.

Je ne sais plus ce qu'est avoir envie de faire l'amour.

J'ai envie de vous prendre dans mes bras pour vous faire passer les ondes de mon amour, les flux et reflux de mon sang bien vivant...

Partage-intime.jpg

Mais rien au bas du ventre, rien à la pointe des seins, rien au creux des reins...Fais-attention-a-mon-sexe.jpg


Serait-ce aussi à cause de ma nouvelle hantise ? La hantise du couple. Tellement peur de risquer de suggérer à quiconque la moindre apparence de la constitution d'un couple.

Equilibre-du-couple.jpg

Les aventures sans lendemain ont perdu toutes saveurs, à moins que je ne les ai déjà toutes goûtées et qu'il n'en existe plus...

Comment vivre une belle aventure avec des lendemains inconnus et toujours enclins à susciter une curiosité partagée, sans règles, sans conventions, sans limite, alors que je m'en impose à moi-même tellement à présent, parce-que, parce-que...

C'était bien de No Limit dont j'étais malade, dont j'ai fait souffrir mes enfants, c'était bien du No Limit, dont j'ai failli mourir...

Je ne peux finir sur cette note un peu triste, car j'avance chaque jour et ne suis heureusement encore arrivée nulle part.

Tout du meilleur peut encore me surprendre, mon coeur ne cesse de s'ouvrir et mon corps asséché n'en est pas pour autant, j'espère, refermé à tout jamais...Espoir

 
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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 12:17

Dessin-perso-3.jpg"Pas mal foutues" n'est-ce pas ?Dessin-perso-2.jpg

Bah voilà : ce sont deux dessins que je me décide un jour à montrer à quelqu'un pour la première fois, deux dessins que j'ai fait quand j'étais bien plus jeune. 

Qu'est-ce qui a bien pu me passer par la tête pour les montrer pour la première fois, à ce presque inconnu, un collègue de travail ?

D'accord, on avait un peu discuté pendant les pauses, mais ça ne m'aurait jamais suffi comme raison.

Mais de son côté, il m'avait confié pas mal de ses écrits, où il s'exprimait sur les femmes, les femmes de sa vie, sa mère, sa grand-mère, sa fille, et les femmes qu'il a aimées dans sa vie, ou qui l'ont inspiré. C'était sensible, c'était poétique, c'était généreux. Il m'en avait même dédié et offert un qui s'appelait "Les femmes de quarante ans".

J'ai lu qu'il avait aimé et adoré, souffert et pleuré, et que, grâce aux mots, avait si bien su exulter tant d'émotions, gaies ou tristes, jouissives ou déchirantes...

J'étais flattée qu'il me confie ces écrits si personnels, si intimes. Je pensais qu'il voulait me montrer que certains hommes comprennent et aiment vraiment les femmes, parce-que je lui avais sûrement dit lors de nos discussions, certaines douleurs qui m'étaient venues des hommes (à commencer par mon père...)

J'ai eu envie de lui offrir quelque chose en retour. J'écrivais aussi, mais ça n'avait rien de poétique, de joli, ni même de romanesque. J'écrivais plutôt sur les noirceurs de la vie que sur ses beautés.

Alors, j'ai pensé à mes vieux dessins. Il n'y avait pas que ces deux là, mais c'est sur eux que son regard s'est arrêté.

Et il m'a demandé : "Est-ce que c'est toi que tu as dessinée, c'est ton corps ?"


Je ne sais pas si tu ressens ce que j'ai ressenti à ce moment là...

 

tombe-nuit-automne

La nuit qui tombe d'un seul coup,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

la dernière feuille de l'arbre qui se détache de sa branche au début de l'hiver, virevolte doucement au gré d'un vent incontrôlable, jusqu'à ce qu'elle parvienne au sol, morte à tout jamais.Feuille morte


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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 23:00

    CETTE DEPRESSION, la mienne 

Ma dépression a changé, mute, on dirait.Bi-polaire (4)

La première à 17 ans reste un souvenir un peu vague, de désintéresement et d'immobilisme. Mes premiers ratages, le Bac, le permis (suivis de réussites, quand le retrait et le repos forcé ont fini par me redonner vie).

N'étais-je pas déjà un peu entre la vie et la mort, je parle de cette absence, ce refus de participer.

M'en suis remise donc, ai travaillé, suis devenue autonome, ai vécu, fort. Il fallait me sentir utile, efficace, et profiter des plaisirs. Faire beaucoup de choses à la fois, travail, études, mariage, divorce... Tomber amoureuse, braver l'impossible, sport, travail, toujours et beaucoup, conflits avec mon père.

Puis vers 25 ans me sentir sombrer à nouveau.

Dépression à nouveau, elle, moi, incontrôlables. Envie que tout cesse, jeunesse et tentatives pour y échapper (sport, nourriture saine...)

Plus tard, le combat fut plus dur, je n'étais pas de taille, je sombrais, je ne sais combien de temps, laissant mes enfants jeunes grandir un peu plus vite, un peu plus seuls, j'attrapais le sentiment de culpabilité en même temps que celui, obligé, du respect, aussi, de moi-même.

 

D'Elle à moi, d'années en années jusqu'à celle de mes 47 ans, 30 ans après la première.

Je l'ai reconnue tout de suite : souffrir à nouveau, mais vouloir vivre. sous son emprise bien sûr mais moi bien présente cette fois. Pas fui, pas tombée. J'ai attendu en serrant les dents, en pleurant, en me forçant à travailler même sans résultat. Je me demande si je suis encore capable de travailler et vivre la vie à côté en même temps. Je prends des photos de la dépression qui envahit mon visage, et puis des photos qui montrent que petit à petit elle s'éclipse. Je parle d'elle comme d'une personne, c'est pourtant une maladie, et aussi un aspect de moi, parfois je suis dépression. Je parle d'Elle comme de moi-même.

Cependant s'il n'y avait qu'Elle qui empoisonnait ma vie, ce serait presque simple...

MANIE
CETTE MANIE, la mienne

Ma copine manie. Manie je rie, manie je vis. Je ne dors pas, tout m'est possible. Tout s'accélère, tout est important, lire, écrire, se documenter, aider mes amis, car sans manie, pas d'ami. Dépenser sans compter, le temps, l'argent, l'énergie, la santé... Pour finalement perdre la concentration, je ne lis plus, je n'écris plus, j'oublie, car il y a toujours autre chose à faire, à découvrir, en dehors de chez moi, de mon lit, de ma table. Manie, je parle encore, et trop. Manie, je me soûle de paroles, je me soûle de tout, je m'épuise

 

FEVRIER, (AN -1 avant An00), 46 ans

Je ne me sens pas perdue, c'est juste que je n'arrive pas à assembler les bouts de moi-même. Je ne suis pas un tout, mais une femme éclatée, et il en est ainsi aussi pour ce que je dois faire. Je m'occupe par parcelles et les éléments de ma vie sont comme un puzzle que j'ai grand peine à assembler. En fait, je n'assemble pas. Ma vie n'est pas difficile, elle est juste disloquée. Et j'ai de plus en plus l'impression que ce n'est pas "permis". Mon étrangeté dans le regard de l'autre est parfois flatteuse mais souvent lapidaire. Et surtout, ce qui est pour moi l'étrangeté de l'autre dans mon regard devient insupportable. Toutes sortes d'étrangetés, toutes sortes de souffrances. Puis-je entrer dans ce monde étroit où je suis sensée vivre ?

Je ne me rendais pas compte à quel point on est obligé de naître encore. Je n'arrive pas à sortir de mon propre ventre. Je sens les douleurs de l'enfantement, suis-je la mère ou l'enfant ? Je vois juste que tout devient nouveau. rien des gens, rien de la nature, rien de l'amour je ne sais. Un parcours de vie de femme, c'est quelque chose d'extraordinaire. J'ai fait le deuil de bien de joies et de peines, mon coeur a arrêté de battre la chamade, et tant d'émotions oubliées. Pourtant, d'absences, survient une sorte de chaos où la femme vibre de situations inconnues, ou se met à rêver à nouveau des ces rêves impossibles, ou encore recommence à pleurer.

Je ne veux plus être là, parmi cette sorte de populace, à cause aussi de ce manque de couleur, et de chaleur. Naître ? C'est si gris par là, et si brutal. J'avais quitté ce monde là parce qu'il me tuait, je n'arrive pas je crois à y revenir. JE VEUX VIVRE.

Les médicaments, et notamment les antidépresseurs et les anxiolytiques sont très consommés. En même temps, c'est aussi très mal vu d'en user... Je prends les deux et pas seulement, en fonction des aléas de la vie, je dose : un peu plus de ceci, un peu moins de cela. Autour de moi, beaucoup, sans se permettre de juger, estiment qu'on ("qu'ils") peut s'en passer, faire autrement. Ils mangent bio, boivent des tisanes, font du sport, de la relaxation, de la méditation. Il y a aussi le cannabis, très naturel, les alcools à base de raisin, houblon, de malt ou d'anis, très naturels...

Je connais les flous de la vie et j' essaie d'y voir plus clair. Ils voient trop clair et se rendent eux-mêmes flous, à l'excès, leur vie devient floue aussi. Mes médicaments sont chimiques, mais je vis, et pas si mal. Mes médicaments, dont j'ai presque honte, sont mes drogues.

L'alcool est une drogue dure, il tue plus que les miennes.

J'ai un vrai rêve : ne plus prendre de médicaments.

Mais quand je vois les sympathiques alcoolisés de bar sympa en bar sympa, je me demande... Une drogue au lieu d'une autre ? Un traitement contrôlé ou du cannabis au pneu ? Ou de la cocaïne au lait en poudre pour bébés ? De l'alcool pour pourrir et détruire le foie et sa vie ?

 MAI, (AN -1 avant An00), bientôt 47 ans

Le présent, une vie tour à tour trépidante ou lascive. Mes enfants semblent avoir compris le sens "d'accompagner", ils sont grands, on ne peut plus parler d'enfance. Vivre est moins pénible bien que le contexte se détériore. Autour de moi se côtoient bêtise et colères. Mes états d'âme s'édulcorent. Je voudrais chérir ou éliminer, plus de demi-mesures. Un amour infini envers un seul homme. Il y a eu quelques flirts, une ou deux aventures... sans états  d'âme. Pas vraiment de la vie, plutôt de l'observation. J'observe les hommes que je n'aime pas. J'essaie de les écouter. souvent ils s'expriment bien mais communiquent mal, manque de confiance en soi, peur de l'autre parce que peur de soi-même. Les hommes ne me font pas beaucoup de bien. Sauf un. Celui qui en d'autres temps m'a fait plus de mal que quiconque, mais celui-là communique et, j'ai dépassé mes colères. Me voilà plus tendre et douce que jamais, plus déterminée aussi, je le souhaite libre, tout comme moi.

Mon état frise l'indifférence, je manque d'intérêt pour presque tout, et ce après avoir passé une phase dépressive(antidépresseurs-anxiolytiques), puis une phase maniaque(antipsychotiques). Je me sens équilibrée avec le seul lithium mais avec peu de sensations positives comme négatives. Je suis un peu plus patiente en société, j'ai vu pas mal de monde ces derniers temps, et ai plutôt bien communiqué. Ne me suis pas senti "isolée dans le groupe".

Quand je me retrouve seule, je ressens un certain ennui, que je ne parviens pas à combler et que je supporte. P. est devenu mon doux et tendre ami, et je savoure cette situation, même si elle m'empêche d'envisager une relation suivie avec un autre. Pour l'instant, je choisis de vivre ainsi. J'ai besoin de P. dans ma vie. J'ai confiance en lui.

26 mai

Après avoir passé plusieurs jours ensemble, P. vient de repartir pour La M. et pour quelques jours. Notre proximité me rend difficile la séparation pourtant indispensable. Il est vrai que je suis prête à renoncer à beaucoup pour lui, mais un revirement de situation est toujours possible, et je dois être prête à tout. Nous n'avons plus de querelles et même les vides sont doux ensemble. Nous nous nourrissons l'un de l'autre et je dois faire un effort pour retrouver mon autonomie quand il n'est pas là, il ne faut pas que je m'oublie. J'aime mon P. J'aime... Et c'est du bonheur que j'avais cru perdu.

27 mai lire-dans-son-lit

Si j'avais un canapé, peut-être lirais-je dans mon canapé mais je n'en ai pas et je lis dans mon lit, pour souvent finir par m'endormir. Au moins je lis, ce que je ne faisais plus depuis des mois. Toutes les tâches quotidiennes, familiales sont redevenues efforts, je ne sais pourquoi je change si souvent d'attitude face à la vie de tous les jours. Suffirait-il un compagnon qui m'encouragerait ? "Celui-là" me manque cruellement depuis longtemps, aucune situation n'a su être assez satisfaisante. Je ne me sens pourtant pas seule, les enfants ont leurs places, P. la sienne. Je manque juste de pêche. En fait il me manque un ou plusieurs buts précis. Mes objectifs me paraissent trop durs à réaliser seule (un diplôme de cuisine - partir d'ici - préparer ce départ - pour où ?), alors ces questions se transmettent à tout : pour quoi faire ? Pourquoi seule ?

Soirée solitaire - Les enfants chez des copains - Envoyé un texto à un copain, sans réponse - P. est occupé - Je suis avec une bière et un bouquin - J'ai failli sortir mais pas d'sous - Je ne me sens pas si mal que ça, ça fait juste bizarre après toutes ces journées et soirées occupées. C'est juste un coup d'blues - J'en ai vu d'autres, pas vrai ?

Dessin perso

28 mai

Matin :

Je me lève pour mon fils, maintenant parti au collège. Il est bien tôt pour démarrer ma propre journée... seule !   Je ne me jette pas sur ma lecture.

14h00:

Je décide de faire la sieste - Même quand je me déplace pour voir un peu de monde, je m'ennuie - Un peu de lecture et dodo !

21h30:

Ecrire pour moi seule me devient précieux. P. m'envoie quelques textos où il dit ce qu'il fait mais ne répond pas à mes S.O.S - Un ex que je croyais devenu copain me fait carrément la gueule. Dans un de ces bars où je suis habituée, il ne se passe rien - Mes enfants sont présents épisodiquement - Il me faut de l'énergie, enfin de l'auto-énergie et c'est très dur. D'un autre côté, écrire mes impressions était devenu inexistant depuis des années, ainsi que lire depuis des mois. - Des activités de solitaire que je dois assumer - P. me manque, mais je me résigne quand-même à mon sort, j'ai connu des souffrances tellement plus grandes à cause de lui - Je dors beaucoup, peut-être suis-je réellement fatiguée ?

29 mai

Matin :

Finalement P. m'a appelée hier soir. Puis j'ai lu et dormi, dormi, sans rivotril, d'un sommeil plein de rêves - Me suis levée pour mon fils puis recouchée, si mon corps et mon esprit réclament sommeil, il faut leur donner. 

+ tard:

Lu mais pas (re)dormi - silence à l'intérieur, bruit à l'extérieur - J'ai tellement de temps pour faire ce que j'ai à faire que finalement je ne fais rien.

30 - 31 mai

Week-end très sympa et requinquant à la campagne, avec P.

2 juin - soir

Allée voir P. à La M. On se dépanne mutuellement financièrement, une espèce de mic-mac, mais là encore, on se trouve soudés. Il n'y a plus du tout de sexe entre nous (Il a "une copine") mais plein de tendresses et de douceurs, je lui accorde beaucoup de temps parce qu'aussi ça me fait du bien. S'il devait s'éloigner de moi, il me manquerait cruellement (comme c'est déjà arrivé)

3 juin

Je manque d'énergie à un point inimaginable. Je me sens envahie et étouffée chez moi par le désordre qui s'accumule, et impossible de prendre le taureau par les cornes. je ne sais par où commencer, le peu que je puisse faire m'épuise. Vu mes problèmes d'argent, je pense qu'il faut que je passe du temps à m'occuper de mon intérieur, déjà, "ré-investir" le lieu et ressentir le besoin d'y être bien. Je suis beaucoup sortie ces derniers jours, et j'avoue que j'aime ça jusqu'à un certain point. Il faut que je me retrouve un peu.

4 juin

Je vais chez Mr Psy.

Cette nuit, P. a trop bu.

Mr Psy m'a dit qu'après ma dernière crise maniaque, j'étais aussi très fatiguée, et je dormais.

Cet après-midi, j'ai fait pas mal de choses importantes, nécessaires familialement, scolairement...

J'ai aussi téléphoné à P. qui n'était pas dispo, au père de mes enfants, qui n'était pas dispo. Et lu, lu, lu, pour ne pas pensé aux déceptions. Tout me paraît difficile et je me fais violence. Mr Psy a dit d'essayer de lutter contre le sommeil, c'est dur, je marche et je sens mes yeux fatigués. J'ai encore pas mal de démarches à faire, pour moi, pour mon fils. Je reste à la maison pour essayer de rester concentrée sur ce que j'ai à faire. J'aimerais le soutien de P. Mais il s'éparpille, je me sens trop seule, même si en partie, c'est choisi. J'essaie d'être sage, mais à porter trop de choses toute seule, j'en bave.

P. a encore trop bu ce soir. Je le soutiens au téléphone pendant qu'il pleure. Entre autre, il me parle d'amour, et de faire l'amour. Il doit y penser parfois comme moi, même si on s'est dit que c'est mieux de ne pas le faire. si ça devait arriver, je pense que je perdrais de mon aplomb. Je n'ai plus confiance en moi de ce point de vue là avec lui. Pourtant, j'aimerais plutôt faire l'amour avec celui dont je suis amoureuse, qu'avec qui que soit d'autre, pour seule raison de "manque".

Il pleure aussi pour autre chose, quand il a trop bu, parfois, il repense à de très anciennes vexations familiales. Je voudrais le serrer dans mes bras, au téléphone, je suis impuissante. Demain, il descend de La M., je le verrrai. Il fait quelques pas en avant, quelques autre en arrière. Mais je l'aime, je ne le laisserai jamais tomber.

larmes

 

 

5 juin

Ce matin, crise de larmes et tremblements = DEBUT DE DEPRESSION

Trop de trucs à gérer en même temps, je fais tout avec une sensibilité extrême, ce qui m'entraîne des trop pleins d'émotions. 

C'est ma vie. Dans quelques jours, mon anniversaire, ça fera 47 ans que ça dure.

 

 

6 juin

Après-midi avec P., sans alcool - Regardé film "Au nom de la liberté" sur l'Apartheid

8 juin

HôpitalBonne partie du week-end à l'hôpital pour mon fils qui, ayant perdu connaissance après être tombé sur la tête, est devenu partiellement amnésique (sur ce qui vient de lui arriver, il a juste voulu rentrer très vite à la maison sans savoir pourquoi, je l'ai appris par des copains à lui au téléphone). Inquiétudes qui m'ont rendue aujourd'hui un peu hébétée et d'une fragilité extrême. Il est rapidement sorti d'affaire et a commencé son stage. Mais moi qui n'étais déjà pas très solide, je me sens "à côté de la plaque". P. est reparti à La M. ce soir. Hier soir, on est allé à la nouvelle co-location d'un copain à lui dans un village surplombant la ville. Grande maison, vue superbe soirée sympa.

Je me sens très seule, volontairement d'une certaine manière, mais les larmes qui m'assaillent montrent que ce n'est pas la meilleure des solitudes.

La lecture m'évade et me fait du bien.

10 juin

Anniversaire-rate.jpgHier, dans la journée, mon anniversaire n'a pas fait de vagues. Après nos générosités du dernier week-end de
mai, j'ai juste pu acheter une bouteille de champagne bon marché que nous avons en partie partagée avec la mère de P., puis comme souvent, couchés côte à côte, il ne me désirait pas. Vexée, j'ai décidé de partir. P. m'a projetée violemment contre un mur du couloir de chez sa mère, sous ses yeux, son impuissance et son désarroi, puis il a balancé mes affaires dans les escaliers de son immeuble, pour me poursuivre ensuite dans le parc aux abords duquel j'ai pu me cacher, me protéger de sa violence 
accroupie derrière une voiture.

Aujourd'hui, angoisse par rapport à mon fils qui ne veut plus aller à son stage parce qu'il s'ennuie.

Journée de merde.

Je me sens un peu plus réveillée que d'habitude, mais je ne sais pas trop par quelle corne prendre le taureau. L'orientation de mon fils m'inquiète, son inscription dans un nouveau collège, dans une autre ville .

Probablement bientôt une baisse de revenus pour moi - aller voir une assistante sociale, faire des démarches, des papiers...

11 juin

Après avoir eu P. au téléphone, toujours mécontent de sa situation à La M., une sorte d'angoisse d'impuissance m'a étreinte. Mon esprit a enchaîné sur le départ de mon fils pour cette autre ville, et j'ai réalisé ce que sera le poids de son absence. Larmes inextinguibles et inconsolabilité. J'ai mal, mal à P., mal à mon fils, deux insoumis de 30 ans d'écart.

Je ne sais s'il est bon de passer mes journées à la maison, mais le fait de ne pas me disperser ici ou là, de m'imposer une vie calme (et sans alcool) peut logiquement me faire du bien. Ma vie n'est pas toute rose, mais pas noire non plus. Je doute beaucoup de mes capacités et perds confiance en moi, à cause de mes accès bi-polaires et des traitements, mais je voudrais ne pas me laisser dominer par tout ça.

J'ai envie de me projeter dans l'avenir mais je n'y arrive pas.

12 juin

Il semble que je sois de mieux en mieux réveillée. Moins d'angoisse, plus de détermination, sans excès toutefois ! J'ai un peu moins l'impression que tout est bloqué ou coincé, bien qu'en même temps, je n'ose m'ouvrir à de vrais projets.

Par contre, pour P., je suis plus circonspecte. Il semble s'enfermer lui-même dans une impasse, il se révolte à l'excès contre quelques injustices et en arrive à souhaiter vivre en clandestin. Il boit tous les soirs et ses nerfs sont à fleur de peau. Je ne sais que faire pour l'aider. Je ne sais que l'écouter et me navrer du "sans-issue" où il se place lui-même.

15 juin

Passé Week-end avec P. à la crémaillère de son copain et autres co-locataires. Dimanche après-midi, on s'est retrouvés tous les deux et avons beaucoup parlé de sa situation.

Ce matin, il avait rendez-vous avec son interlocutrice pour son boulot à La M.. Apparemment, puisqu'elle lui a donné raison sur ses griefs, il ne renouvellera pas son contrat. Et après...?

Moi, j'ai passé une bonne partie de l'après-midi avec une mamie que j'aime bien.

16 juin

Presque rien. On s'est occupé des lunettes de mon fils en prévision de son prochain départ. Pour mon autre fils et moi, rendez-vous en octobre chez l'ophtalmo.- Repos et sommeil - Repas avec les enfants.

Téléphoné à P. mais il est chez des amis. a juste eu le temps de me dire ce qui le concerne, qu'il a besoin de sous, et de le rappeler plus tard. Ca me gonfle, on ne parle jamais seule à seul au téléphone, il y a toujours du monde autour de lui, parfois il me passe même un de ses copains que je ne connais pas, pour que je parle avec lui (ou qu'il parle avec moi?). Pourtant, c'est bien lui qui m'a demandé de l'appeler chaque soir quand il est à La M. A chaque fois, j'hésite à le rappeler ou non. On verra bien ce soir.

Mes propres petits soucis, on n'en parle pas, et c'est pas si mal, ça les rend inexistants. Tout à l'arrache pour moi.

FIN juin

J'ai accompagné P. chez le médecin pour qu'il diagnostique son "Etat Majeur Dépressif" justifiant sa démission de son boulot à La M.

P. m'annonce un jour, qu'il n'arrive pas à avoir confiance en moi. Orage

Terriblement vexée, je décide de ne plus l'appeler, ni le voir. Je lui envoie des tonnes de textos sur la confiance, complètement dégoûtée... Jusqu'au..

8 juillet

Où j'ai quand-même mauvaise conscience de ne pas lui avoir souhaité son anniversiare le 4 juillet. J'ai acheté une bouteille de Jeanlain que nous partageons tranquillement sur un banc.

Il me raconte avec un sourire de Joconde comment il a fêté son anniversaire : il a dîné, dansé et fait l'amour avec une autre. A mes questions, il répond juste qu'il ne sait pas. Il ne sait pas s'il la reverra, si il pense à un futur avec elle, s'il la présentera à sa mère (si ce n'est déjà fait).

J'essaie de retrouver mon calme, mais je me sens meurtrie. Il ne la voyait plus depuis des semaines. J'essaie de penser à autre chose. Avant de nous quitter, nous allons boire un verre au petit bar qu'on aime bien, non loin de chez moi, puis il me raccompagne en bas de mon immeuble.

Chez moi, les enfants dorment.

Un acte impérieux me domine, surpasse tout.

10 juillet

Inconsciente en soins intensifs, j'aurais pu être morte mais mes enfants m'ont sauvé la vie.

Après quelques semaines d'hôpital, l'AN 00 va pouvoir commencer. Je m'appelle Natalis (naissance).

Naître

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 21:21

imagesPRINTEMPS - (An 1 avant An 00)

Je suis sûre que je les aime, j'ai pleuré toute seule sur les photos de leur petite enfance encore ce matin.

Ces émotions trop fortes devant leurs sourires ou leurs grimaces, leurs poses pleines de bonne volonté pour me plaire. Ces émotions passéistes , il faut que je les noie, que j'anesthésie les picotements au coeur, les gonflements des poumons, l'étranglement de la gorge. J'ai pris mon lithium, mon seroplex, mon atarax (j'ai divorcé du lexomil et du xanax), je vais retrouver mes potes infortunés à "Notre Fortune du Pot", mon pot de terre où je m'engouffre refusant de faire face au pot de fer. Il est 11 h du matin et je vais boire mon premier blanc des Abysses. C'est convivial l'apéro dans les bistros de quartiers. 

J'ai mis un trait bleu électrique sur mes paupières gonflées, du rose clair sur mes lèvres violettes et sur mes pommettes blafardes, du ricil pour étoffer mes maigres cils.Boudinée dans mon jean noir, je n'ai pas encore dégonflé des effets du tercian et du zyprexa. Je suis corps et âme assujettie aux effets secondaires des mes thymorégulateurs, antipsychotiques, ou antidépresseurs et anxiolytiques.

J'emmène dans mon sac toujours chargé à bloc en cas de départ urgent, mon petit livre du calme, même si je n'arrrive plus à lire plus de 3 lignes de suite.

 Mon premier verre de blanc dans la main, seule au comptoir pour l'instant, je me dis encore et encore que je suis sûre de les aimer. Je me demande pourquoi je les livre à eux mêmes, comment j'en suis capable, mais pas si eux le sont. Ils sont tellement plus forts que moi. C'est eux qui me montrent à quoi peut ressembler la résilience, l'autonomie, la capacité à la vie, au rire, à la colère. Je les observe, rassurée, je ne suis pas capable de tout ça, et eux, sans repère, ni père, ni plus de mère, ils peuvent.

 J'espère que quelqu'un va arriver,me tenir compagnie, me dire 2 ou 3 conneries, sinon je flanche, ou je bois comme une seule.

 De toute façon, je ne guetterai qu'une seule silhouette, massive et douce à la fois, un seul regard de braise et de fièvre, une tignasse bouclée encore presque noire, un teint hâlé de n'être exposé qu'au monde du dehors , deux paluches aussi légères que démesurées sur mes épaules rentrées, quand il dépose délicatement un chaste baiser sur mon front de ses lèvres charnues. Chaque jour, je ne guette que ce personnage là, presque toujours en vain. Dès que quelqu'un entre, s'asssoit près de moi et commence à me parler, mes yeux roulent de mon ou mes compagnons de beuverie à la porte qui ne s'ouvre presque jamais sur lui.

images (55) Aujourd'hui, c'est un jeune homme qui entre le premier, Chraspok, enfin trop jeune pour s'être battu en Yougoslavie et en revenir brisé. Sa femme l'avait bien attendu, mais ne l'a pas reconnu. Ce n'était plus l'homme avec lequel elle avait batifolé, convolé, correspondu, non c'était un tout autre, qu'elle n'aimait tout simplement pas. Elle aurait été malhonnête de faire semblant, elle ne l'a pas trahi, pas trompé, ne lui a jamais menti. Et c'était aussi être honnête que de partir... Chraspok ne pouvait rien changer à ça, à sa propre métamorphose, à son amour intact envers une femme qui elle même était restée telle qu'il l'aimait, au fait qu'il ne pouvait redevenir celui d'avant, ni oublier, ni faire table rase. Il ne commandait pas ses cauchemars, ses hurlements qui déchiraient les sommeils du quartier, il ne commandait pas ses obsessions, ni son mépris de la légèreté apparente de ses acolytes de comptoirs... Il s'échauffait, il s'empourprait, il revivait les combats contre des inconnus prétendus ennemis, il était coléreux et cherchait la merde, résigné en plus qu'aucune main douce ne l'effleurerait avec désir et simplicité... Environ 30 ans et les plaintes des voisins lui pendant au nez, en plus de ses innombrables bières, on l'assommera quotidiennement de puissants antipsychotiques en soins ambulatoires. Il sera libre et décadent jusqu'à épuisement.

 J'aime bien parler doucement avec Chraspok, avant que la quantité démesurée nécessaire pour commencer à le terrasser fasse son effet, car entre les horreurs de ses nuits et celles engendrées par ses beuveries, Chraspok est un garçon presque exagérément rêveur, et plein de projets improbables. Il est en outre un travailleur acharné et courageux qui parle avec enthousiasme des tâches trop lourdes qu'on lui confie pour valoriser sa force physique, et les contraintes horaire qu'on lui impose, que ses insomnies lui permettent d'honorer.

 Comment se mettre un seul instant à la place d'un jeune homme en train de tirer sur une sorte de sosie étranger, qui estimait comme lui ne faire que son devoir, et qui découvre une fraction de seconde trop tard que ce devoir là, dans l'absolu, n'existait même pas ?

Question toute aussi difficile à affronter que celle d'anticiper la perte de mon (ton - vôtre) enfant...

 C'est le jour et l'heure où Chraspok est calme. Il a dessaoulé de la veille, écarté de son esprit les dernières hallucinations de la nuit, et n'a bu qu'une dizaine de bières à d'autres comptoirs avant d'entrer à "Notre Fortune du Pot". Aujourd'hui il est calme et même muet, moi-même je ne sais que lui dire, et la solitude à deux est encore plus lourde à porter...

images (52)J'ai l'idée surfaite de sortir un papier pour écrire des pensées. Je voudrais parler de tendresse mais rien ne vient. Je crois que je n'ai pas de tendresse. Je n'aurais à écrire que des désirs inassouvis, des frustrations, de la culpabilité dont personne ne se doute. Des états d'âme sans intérêt me dis-je. Le fait est que je suis aussi incapable d'écrire que de lire plus de 3 lignes.

 J'en suis à mon 3è ou 4è verre de blanc, je m'excite un peu, je commence à faire des jeux de mots débiles. Pendant que je cherchais l'inspiration, le bar s'est empli. Je n'ai jamais interrompu mon jeu de regards vers la porte d'entrée pour LE voir la première s'IL arrivait.

Il n'est que midi. Samedi. Il doit aller de marché en marché, c'est la fin du printemps moins 1 avant l'an 00, il fait vraiment beau et assez chaud depuis quelques jours, il doit avoir une mine superbe. Il passe pour être laid et négligé, je le vois port altier auréolé de lumière, éternellement fiévreux, me semble pétri de pensée et de sagesse. Il parle peu mais toujours d'une voix basse et polie. Il vit dehors, ses vêtements sont fatigués, mais lui est grand et droit. Il se découvre peu même aux beaux jours. Sec mais robuste, ses muscles se dessinent à travers ses pulls et ses jeans bien à sa taille. L'hiver, il porte des cols roulés, un long vieux manteau de cuir et laisse pousser un peu sa barbe. L'été, les cols ouverts laissent au regard une pomme d'Adam saillante sur un cou fort et est le plus souvent rasé de près. Son visage s'est vite buriné, des vents d'hiver aux soleils d'été, depuis quelques années qu'il traîne par là. J'ai 46 ans, je parais plus, peut être lui aussi. Je sens bien que mon admiration est exagérée, elle n'est fondée que sur son aspect physique, sur son comportement paisible. Mais il m'obsède. Depuis combien de saisons me gratifie-t-il de son simple baiser sur le front, et plaisantons-nous quelques fois au hasard de quelques rencontres autour d'un verre ? Je me dis que j'ai préservé mon rêve de femme pour lui, et que c'est à moi de réveiller son rêve. Il a l'air d'un ascète sexuel, et moi j'oublie les bras dans lesquels je me suis endormie trop saoule, trop souvent, ces dernières années.

 Les photos sur lesquelles je pleurais ce matin me reviennent à l'esprit. Des bacs à sables, des piscines, des plages, et deux marmots tout nus ou en maillot de bain, bronzés et faisant semblant de grelotter, sortant de l'eau en pein soleil. L'hiver, emmitouflés dans les anoraks, écharpes et gants colorés etc etc... J'ai essayé d'arrêter mon regard sur quelques-unes, rares, ou moi-même, leur mère, si jeune, étais photographiée avec l'un deux dans mes bras, comme une vierge à l'enfant moderne et un sourire de bonheur tranquille que je serais incapable de reproduire aujourd'hui. J'étais heureuse mais aussi triste que maintenant, j'ai toujours été triste, il ne fallait pas se laisser prendre par mes éclats de rire.

Comment pourrais-je deviner que le bonheur simple me reviendra et que je serai joyeuse aussi ? Comment imaginer tous les futurs nécessaires renoncements,  les accords que j'établirai avec moi-même, et aussi face au reste du monde ?

En attendant personne dans ma vie n'est à sa juste place, je confonds tout, je me crois seule.

ETE - An 4 avant An 00 (Flaschback)

Maman est venue comme chaque été, elle a rencontré le grand Manko, un homme marié adultérin, mon amant du moment.

ETE - An 3 avant An 00

Maman est venue comme chaque été, elle a rencontré le petit Kirpif, un homme marié libertin, mon amant du moment.

Les étés suivants, elle ne viendra plus, elle a des douleurs, elle commence à être fatiguée de ses voyages à travers toute la France pour voir ses enfants.

ETE - An 2 avant An 00

C'est moi qui me suis déplacée avec mon aîné grand enfant. Nous avons fêté un grand âge de maman dans la maison et sur le grand terrain de son aîné enfant. Quelques jours avant, je sortais des urgences psychiatriques. Mon amant du moment était parti du jour au lendemain prendre l'air, là où vivait son ex-compagne. Sentiment exagéré d'abandon, trop d'alcool sur les médicaments habituels = délires hallucinatoires = urgences psychiatriques. Ma famille est inquiète, effarée, choquée. Je crois que tout le monde pense que je suis devenue alcoolique. Heureusement mon aîné enfant a l'air d'applomb. c'est vrai que je vis dans un milieu de bars, que je bois trop, mais si l'alcoolisme me guette, il ne me happera pas. Personne ne mesure l'ampleur de ma maladie, celle qui ne se soigne pas avec toutes les licites drogues que l'on me prescrit. Mon audace est mal placée, mes provocations aussi. Je n'aurais pas voulu ça pour ma mère. Mais ma souffrance est à hurler, je ne sais plus quoi faire.

images (74)ETE - An 1 avant An 00

Je bois déjà beaucoup moins mais mon amant du moment boit de plus en plus. Pendant que ses potes me sourient, me convoitent, me draguent grossièrement et qu'ils me révulsent, il s'abîme et s'enfonce dans d'interminables derniers verres, et je dors seule, écrasée de benzodiazépines, de frustrations, de dépit, d'amertume, du gâchis des vacances ratées. Mais je ne lâcherai pas prise tant qu'il ne me désirera pas, c'est à dire dans trop longtemps, quand enfin moi-même je ne supporterai plus le moindre grain de sa peau, le simple timbre de sa voix, le plus petit de ses mensonges, la plus minable de ses jalousies. 

Je n'étais pas une compagne facile ni rassurante, j'étais malade, sur médicamentée sur ordonnance, avide d'être désirée et aimée de cet homme là, qui ne pouvait pas être et faire autrement que ce qu'il était. J'étais en péché d'orgueil et de convoitise.

A côté de ça, ma gentillesse, réelle, était bien peu de chose. Ma bêtise supplantait tout et c'était un amour impossible, tu sais, ce genre d'amour inoubliable, nourri uniquement de rêves non partagés, d'hypothèses irréalisables, d'obstacles insurmontables. 

Ce genre de passion destructrice...

ETE - quelques semaines avant l'An00

Service de réanimation intensive au C.H.U pendant 5 jours et 3 dialyses dans un coma artificiel où corps et âme j'ai lutté dans les nimbes de l'inconscient contre le SUR-excès des ces médicaments licites et prescrits pendant des années, qui ne m'auront aidé à guérir (on dit rémission, pas guérison non-non-non) que par le rejet déterminé que j'en ai fait enfin. Plus (+) 2 grosses semaines au service médico-légal.

images (27)ETE An 01

Je suis  enfin douce avec moi-même avant tout autre. Je ne suis plus avide de rien. Je sais la place que chacun tient dans ma vie. Je ne confonds plus rien ni personne. Je ne désire plus être aimée, et maintenant je sens qu'on m'aime et comme on m'aime. Et l'amour que je ressens est grand, beau, fort. Oserais-je dire ... universel.

 

Le personnage que je guettais assidûment n'existe pas, il n'est que le fantasme de ce que je souhaite être, cet être libre et solide que je deviendrai quand je me sentirai entourée de lumière.


Chraspok est un exemple douloureux de mes rencontres de bars. Je n'oublie pas tous les autres.


Demain, avec d'autres, j'écouterai ailleurs ces gens seuls, malades ou brisés, je serai capable d'aller sur leurs collines et leur dire, sûre de moi : "vous n'êtes plus tout à fait seuls".
 

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 16:31

images--19-.jpgFais Gaffe ! Ne t'absente pas, reste, reste, ce n'est encore que la réalité qui vient te mentir à l'oreille, l'alcool qui te susurre des ma chérie et tu hurles, c'est normal, tu n'es pas chérie du tout. Tu es la proie qu'il essaie d'enfermer dans un rêve que tu ne partages pas...  Pendant qu'il boit, continue à t'accrocher à ta nécessité de vivre, pendant qu'il s'enferme, continue à escalader le cauchemard de la montagne car à l'horizon tu trouveras tes mers et tes océans, et loin ton rêve.

OH RAGE, tu es mon espoir, explose enfin, explose toujours le plus tôt possible. Aujourd'hui est horreur, abandon, absence, manque, attente, il faut qu'aujourd'hui passe dans cette douleur du non-amour. Tiens bon.

Te souviens-tu autrefois, quand les douleurs dans tes entrailles te jetaient à terre et tu rampais aveuglément en émettant des sons rauques et déchirants ? Et plus tard quand, ivre de tes larmes, tu te tordais dans ta couche, te tapais la tête contre les murs et émettais encore ces horribles sons rauques à défaut d'hurler ? Et les jours passés, les semaines et les mois de prostration et de mutisme, de dépression ? A l'époque, tu t'en voulais toujours de quelque chose : à un certain moment, tu n'avais pas été à la hauteur de ton propre amour.

Aujourd'hui la souffrance est toute autre, elle est l'expression d'une colère refroidie, réactivée chaque fois qu'il boit.

Reste libre de lui. Tiens bon.

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 05:15

 

images (24)

 

Quand le matin, je capte les premières sensations et/ou pensées de la journée, comme si c’était le conseil que m’a porté la nuit, je me dis t’as de la chance, fais en bon usage

 

Ce matin, je sens le linge mal séché par temps de pluie. J’ai dormi trop couverte, mais bien,  si bien dormi, que même si je m’éveille transpirante et sentant le « gnian » comme disait une ancienne amie, c’est bon de ne me trouver que comme un paquet de linge, juste à relaver, je n’ai pas encore repris le cours de mes pensées, je n’ai mal nulle part.

 

Ce matin, il est trop tôt pour se lever, mais mes  oiseaux chantent depuis longtemps, et les premières pensées du jour m’assaillent déjà. Je me réjouis si mon cœur ose dévoiler quelque émotion, mais j’appréhende qu’un charmant et innocent émoi se mette à croitre et multiplier, à en amener un autre, et encore, jusqu’à m’envahir, jusqu’à m’exploser, jusqu’à… me disloquer une fois de plus.

 

 

Le matin,  

même  si je me suis couchée et endormie rassurée et pleine d'espoir, etmême s’il est ensoleillé, m'horrifie. EtMême si aujourd'hui, j'ai quelque chose à faire de précis,  bien préparé la veille.

Il va falloir me doucher,  m'habiller, sortir, aller vers quelqu'un inconnu, parler, de moi et de petits problèmes. Puis il va falloir aller vers  le marché,  affronter la foule, faire quelques courses et rentrer.

Normalement,  plus la journée  avancera  vers  la nuit et le moment de me coucher, lire et dormir, plus mon affolement s’atténuera.

Un jour, mais quand, le processus s'inversera, je serai contente de m'éveiller naturellement à l'aube, prête à abattre des montagnes. J'essaie de penser à cette perspective.  J'aimerais que tu me connaisses aussi ainsi, et pouvoir te dire ou t’écrire dès le petit matin que je t'aime.

 

Ce matin, je pense que les enseignements d’avant l’endormissement, permettent au sommeil de faire travailler l'esprit utilement pendant la nuit et de se réveiller sur des éclaircissements. Car pour une fois, tu as révélé  ce que tu penses et ressens toi-même, et non plus ce que tu as l'impression que je pense et ressens. Tu as dit avoir peur en l'avenir, peur de "finir seul comme un chien", et peut-être besoin d'aide. Tu perds brutalement l'espoir d'une vie meilleure, (« tu n'y as sans doute pas droit »), peur d'être abandonné (que je t'abandonne). Comme si tout s'écroulait AUTOUR  de toi, tu perds instantanément ton optimisme, « la source de tes inquiétudes résidant aussi en l'indécision dans laquelle tu te trouves ».

J’écoute étonnée, ton effroi soudain de n’avoir peut être qu'une dizaine d'années à vivre pour en finir avec un probable cancer. Et que tu n’aies plus de temps à perdre pour vivre avec la seule avec qui c’est possible (grâce à l’amour)

 Sans t’en douter,  tu m’aides à faire un peu la lumière sur la mienne peur, cette panique, de vivre en couple, sous un toit commun, tous les jours. Je doute très fort que les hommes et les femmes soient faits pour vivre ensemble.

 

 

 Ce matin au réveil, j'entends des échos

J'entends : "Prend ton temps mais fais vite", "je sais que tu souffres mais fais des efforts", "soigne toi mais n'oublie pas de penser à nous", " l'idée de vie en couple ne te plait pas, tu as besoin de solitude, oui, mais  « pourquoi  il faut que ça tombe sur moi" ? » " tu as des angoisses, ok, mais rassure les miennes ", "... Je ne veux surtout pas te mettre de pression..."

La double contrainte est une pression.  

Sinon, c'est tout ce que j'ai à dire ce matin

 

 

Ce matin, j’ai très mal à la tête, cette nuit j’avais dormi profondément.

 

Ce matin, je sens un contrecoup, je me dis pas de panique, prends ton temps, reste tranquille et ne te laisse emparer par rien aujourd’hui

 

Ce matin, je me réveille la bouche pâteuse et l’esprit embrumé, j’ai fait un terrible cauchemard. Je téléphone à L. notre copine du petit bar, pour  lui dire que j’ai rêvé que tu m’avais dit hier soir que tu partais, t’a t elle vu ce matin ? Elle me répond d’une voix blanche, hésitante, gênée même, que tu es passé la voir tôt avec ton sac à dos, que tu dois être à la gare à présent.

 

Ce matin, mon manteau rouge est plein de terre, le reste de mes vêtements et mes chaussures aussi. J’ai mal partout. J’ai été étranglée, rouée de coups, et agonie d’horreurs criées en pleine rue à quelques pas de chez moi. C’est à cause de cette nuit dont tu ne te souviendras que par mes larmoiements répétés. Quand tu  –imagineras tu-  m’auras fait passé LE test, celui de la  violence extrême, où tu m’aurais malencontreusement fait payer pour toutes les autres, et pour  voir si je dépasserai cette ultime limite, celle qui pour celles-ci, aura marqué leurs départs. Mon ultime limite sera dans presque un an et demi plus tard, quand je me trouverai pendant 5 jours en réanimation intensive, après m’être agressée moi-même.

 

Ce matin, le réveil est enchanteur, je voudrais faire l’amour, si merveilleusement qu’hier soir, mais tu me dis : « Tu n’en a jamais assez ! »

 

Ce matin, je n’ai pas d’états d’âme

 

This Morning is a beautiful morning. C’était une très bonne idée que de m’occuper de calmer mon yang, de m’occuper de mon « Comment je tiens debout entre terre et ciel » et de faire se dilater mon diaphragme. J’ai toussé, ai eu mal aux poumons, et ce matin, je me mouche, en pensant que je fume vraiment trop en ce moment. Oui, ce matin est un joli matin, où après une bonne nuit de sommeil paisible, je me sens prête à vivre.

 

Ce matin, il est cinq heure et quart, je sens que c’est le moment de me lever. Mes oiseaux chantent, le jour commence à apparaître. Je me réveille comme si j’avais choisi cette heure. Elle s’impose et la journée s’annonce like a beautiful day.

 

Ce matin, j’ai dû mettre mon réveil car j’ai rendez-vous avec le président de l’Oreille.

 J’ai pensé au sépia officinalis, à l’huile d’onagre. Hier soir j’avais mis menthe poivrée sur les tempes et le front et petit grain bigaradier sur les poignets. J’ai extrêmement bien dormi.

 

 

 

 

 

 

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 22:25

 

Je pense à Jean-Louis Fournier. J'aime bien Jean-Louis Fournier.                            

J'ai lu plusieurs fois « Il a jamais tué personne mon papa ». Je l'ai confié à un homme, un alcoolique, qui avait des enfants, loin. Lui proposer ce livre, c'était lui dire que je l'aimais, et aussi que je souffrais, mais que je l'aimais, mais que je souffrais, mais que je l'aimais... Il ne l'a jamais lu.

Il me l'a rendu avec d'autres, après que je lui ai dit qu'il était devenu pour moi comme l'alcool pour lui, un produit toxique, dont je ne voulais plus absorber une seule goutte.

J'ai lu aussi, deux fois « On va où papa ? », et j'ai ri de bon cœur malgré une phase dépressive naissante, enfin j'ai ri au début surtout. A la fin, j'étais plutôt crispée, mais aussi pas consolée du tout de n'avoir que du mal à seconder mon fils dans ses recherches difficiles d'orientation. Quelque soit la relativisation que nous pouvons faire sur nos degrés de difficultés avec nos enfants, les proches, les enseignants, les éducateurs, les professionnels, savent toujours trouver des trucs bêtes à dire pour nous rassurer ou nous culpabiliser. Et je savais bien ce qu'est la chance de la bonne santé, de la beauté, des capacités intellectuelles et physiques, même non/mal utilisées, enfin pas comme le voudrait notre  « bon sur moi ».

Jean-Louis Fournier  m'intéresse (en plus j'adore les spectacles de Pierre Desproges)

Comment arrive-t-il à se servir aussi bien, aussi souvent de l'humour pour s’encarapacer ? Bon, c’est un sujet contre-versé, surtout s’agissant de parler de ses deux enfants handicapés…

Ca m'arrive à moi, comme si ça me poussait tout seul, d'utiliser l'autodérision, l'ironie, le cynisme, d'être terre où ça fleurit, mais je dois émettre des phéromones qui font faner ce genre de plantes trop vite. Ca ne dure pas avec moi. Je redeviens si fragile ou si sérieuse (où est passé ton humour maman ? Moi : oui, c'est vrai, où est il passé ?)

 

A  PROPOS  DE  MES ENFANTS

Pour qui je voudrais écrire le restant de ma vie

 

De mon côté, il y a de nombreuses années, j'ai eu une sorte d'illumination. Je me mettais à écouter et à chanter souvent la chanson de William Sheller qui disait en partie :

«  Maman est folle, on n'y peut rien

    Mais c'qui nous console

    C'est qu'elle nous aime bien

    Quand maman rigole

    On oublie qu'on a faim

    Que c'est l'heure de l'école

    Qu'on a peur des voisins.

    Et toi Léopold, surtout ne dis rien

    Les gens dans leurs cache-cols n'y comprendraient rien... »

J'adressais à mes enfants un message subliminal. Là aussi je leur disais que je les aimais -mais que je souffrais- mais QUE JE LES AIMAIS ! Et puis qu'ils ne s'étonnent pas, si souvent, les gens sont méchants et/ou bêtes et/ou juges et/ou exagérément gentils ("Maman, cette dame, je ne l’aime pas, elle sourit trop tout le temps" ), c'est que souvent les gens dans leurs  quant–à-eux-cache-cols  ne comprennent rien, c'est parce qu'ils ne savent pas.

 

Car, chez moi, c’est moi l’handicapée.

J’ai la chance inouïe que « mes » garçons soient en pleine possession de leurs capacités physiques,  intellectuelles, et humaines de, je dirais, très bonne qualité. Je n’ai que de légers problèmes d’accompagnement dans leurs désirs/non désirs, choix/non choix d’orientation  scolaire.

J’ai aussi la chance de n’avoir jamais fantasmé sur ce qu’ils pourraient bien devenir plus tard. Enfin, ce n’était pas trop dur pour moi, car…

… pour de bêtes raisons de troubles de mes humeurs et/ou de ma personnalité, je les ai laissés carrément livrés à eux-mêmes dès très jeunes, embourbée que j’étais au fonds de trous si incroyablement profonds et sombres que j’en suis devenue quasiment amnésique (où étais-je donc ? Avec mon humour ?), ou, envolée vers des vies où ils étaient bien incapables de me suivre (et où là ça rigole vraiment trop)

J’ai aussi refusé d’entendre leurs avis quand ils souffraient de ma passion démesurée pour un homme et de ses conséquences sur notre  rendu fragile  cocon familial. Je me suis en plus mise à être trop soûle presque tous les soirs, puis presque tous les jours, et à  abuser de mes drogues, d’accès facile, grâce à mes traitements incontournables ( A vie  a dit Mr psy). J’ai même osé l’impardonnable, leur confier, à eux ! Oh là, quand j’y pense…,  mes douleurs récurrentes, quand je n’avais plus personne à qui parler croyais-je.

Evidemment on m’a souvent sévèrement jugée pour mon inconséquence, en plus d’oublier pas mal de règles d’éducation auxquelles je ne comprenais pas grand-chose, toujours en doute de leur utilité, ou de leur efficacité, par rapport à quoi d’ailleurs ?

Mais, eh oui, quelques uns -enfin peut être un(e) seulement, ou peut-être n’est-ce que moi, quand je voulais me rassurer, ont, je garde la troisième personne du pluriel quand même, je peux bien rêver, admiré mon exceptionnelle capacité à respecter leur liberté ! , et constaté que « compte-tenu des circonstances », ils ne sont pas si mal que ça…, plutôt « trop » bien élevés, autonomes (tu m’étonnes !), voire matures, et que j’ai même de la chance qu’ils … me parlent !

 

Quand je me crois plus forte que la maladie, plus forte que les drogues, plus forte que ma passion, je sais que rien  ni personne n’a le moindre pouvoir d’altérer l’étendue de mon amour pour mes enfants, ni de me jeter la moindre pierre.

 

Mon cœur et mon ventre gorgés d’amour leur disent à chaque instant :

 

« Je t’ai mis au monde et tu ne m’appartiens déjà plus, je te propose l’espace de ma vie d’où tes pas, dès les premiers te mèneront et te ramèneront si tu le souhaites. Auprès de moi, tu es libre. Que tu sois et deviennes, tel j’apprendrais à te connaître. Je ne te domine pas et tu ne me domines pas. Que tu te nourrisses et t’abreuves  de ce qui est goûteux en moi, et je ferai de même avec toi. Je ne suis pas reine et tu n’es pas roi. Au-delà de cet espace, de multitudes d’autres s’offrent ou se ferment, tu peux entrer, ouvrir ou passer ton chemin, te nourrir toi et t’abreuver de tout ce que tu y trouveras de goûteux, n’oublie pas que personne en ces espaces n’est reine ou roi, personne ne doit se permettre d’abuser du moindre pouvoir.  Continue et  raconte-moi »

 

Je ne m’appartiens pas non plus, je suis vieille et je n’en finis pas de faire ma connaissance.

Mais la plupart du temps je ne suis pas plus forte que la maladie, que les drogues, que la passion. Ce sont les enfants qui le sont. Combien ai-je d’enfants déjà ?

 

A  PROPOS  DE  MA  MERE

 

Puisses-tu ne plus connaître que la paix

 

A  PROPOS  DE  MON  PERE

Qui aurait bien aimé que j'écrive un roman qui parle de lui, mais que de lui je crois, et de son vivant si possible

 

C’est vrai, quand Zoé Oldenburg dont je ne savais rien, a sorti son « Procès du rêve » (comprendre procès du père), il me l’a offert, accompagné d’un article flatteur du Monde des Livres, glissant son admiration pour une fille qui consacrait tout un ouvrage à son père. Il adorait aussi la chanson de Daniel Guichard « Mon vieux » qui décrit un personnage fané et tristounet, et qui se termine par un émouvant « PAPA ! »

Contrairement à Précious, l’héroïne du roman « Puch » de Sapphire, je ne me suis jamais demandée « pourquoi moi ? » Je pensais bien être la digne fille d’un père tel que le mien, mais je ne me rendais pas compte à quel point il fut indigne d’une fille telle que moi (et de ses nombreux autres enfants). Il ne m’a pas violée dès l’âge de 3 ans, ni ne m’a engrossée, mais il y a diverses manières d’être indigne de sa progéniture. Je l’ai cru uni-dépressif, névrosé obsessionnel - ce qu’il avançait lui-même -, il était probablement bipolaire et/ou  pervers narcissique (eh ! Ce ne sont pas des accusations, ni des gros mots, juste une simple et concise description)

Je dois dire que moi aussi, quand je commence à m’y mettre, je suis bien capable de m’auto-diagnostiquer à foison, selon mon humeur, en plus avec internet, on  peut se régaler. Lui n’avait que sa nombreuse littérature et ses cours de 1ère année, 2ème année, licence, 4ème année (maîtrise non passée) de psycho. Ses loisirs pour sa retraite.

Depuis qu’il est mort, c’est à dire des années, c’est moi qui lis ses anciens bouquins de cours, en m’ énervant sur pas mal de ses annotations, où je retrouve tous ses vieux poncifs tant entendus, alors pour ne pas me sentir parasitée, je les gomme en l’engueulant un peu tout fort.

 

Bon, on ne peut pas dire qu’il en ait tiré beaucoup de leçons au sujet de l’optimisation de sa communication, à part quelques expressions qui me laissaient quelques minutes l’espoir de comprendre quelque chose à ses interminables explications, du style « autrement dit » ou « par conséquent », mais à part ça, il m’aura insufflé l’esprit de doute et de scepticisme face à toute théorie, c’est déjà pas mal !

 

A   PROPOS  DE  MON  PERE (2)

 

Vu comme c’est parti, c’est possible que je sois en train de lui réserver un chien de ma chienne, ça risque d’être un sacré procès par contumace (et sûrement pas aussi joliment écrit que par Zoé), il aurait été content s’il avait su. Mais avant ça j’ai d’autre boulot à faire.

 

A  PROPOS  DES  HOMMES

 

Rien à dire

 

A PROPOS DE MON AMIE

 

Nous ne refaisons plus le monde des heures durant, mais chacune de nous s’est mise à aller vers les quelques petits mondes à l’intérieur du grand, où nous pouvons continuer à aller vers nous-mêmes. Cela nous console un peu de nos constats d’impuissance, des exacerbations de nos émotivités, et nous nous racontons nos découvertes.

 

 

A la question de savoir à qui je proposerais de m’accompagner si je n’avais le choix que d’une seule personne pour devoir vivre sur une ile déserte, ce serait à elle

bicoque au bord de l'eau - île

 

A PROPOS DES HOMMES

 

Je commence à me demander si celui qui s’est comporté de la façon la pire de tous dans la réalité qui était mienne, n’est pas, dans la réalité universelle, le meilleur. C’est le seul entre tous que j’ai vraiment voulu séduire, alors qu’il ne faisait que m’apprécier. Il  profitait spontanément de la passion que je lui vouais et simplement ne la partageait pas. Ses prudences, ses retraits m’apparaissaient comme des rejets. Plus tard, quand submergée de vexations et de frustrations, je lui mentirai sur moi afin qu’il me haïsse, il exprimera une colère d’incompréhension, parce que avec et malgré toutes les épreuves que nous nous étions infligées, il commençait lui à comprendre comme je l’avais aimé, et à croire qu’il m’aimait. 

 

 

 

 

 

 

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 21:45

 

gghrthrhJe suis attachée, nue, sur un lit roulant, ou plutôt enrobée d’un grand drap qui glisse tout le temps. Allongée sur le dos, je peux juste soulever le menton pour voir mon corps de jeune fille, impudique. Je trouve quand même que cette espèce de collier de perles de gamine qui se tortille autour de mes seins, en guise de soutien-gorge, c’est limite. Mes gestes sont retenus par des liens, mais j’essaie tant bien que mal de cacher ça avec un bout de drap qui ne tient pas en place de toute façon. Le type qui m’engueule quand je bouge, j’ai bien l’impression qu’il en profite, qu’il se rince l’œil. Il fait de l’ironie grinçante avec moi, mais ça ne marche pas. Enfin je m’en fous de son humour. L’autre est plus doux, plus discret, et puis heureusement il y a la grande maman noire, plantureuse à souhait, forte et tendre à la fois. On dirait que je fais mal à son cœur. En fait ils ont dû passer pas mal de temps à s’occuper de moi, à me surveiller, à vérifier que je ne risque pas d’être détachée, à attendre que j’ouvre un jour un œil. Ils m’ont mise dans le coma pendant des jours pour je ne ressente pas les douleurs de tout ce qu’ils m’ont fait. Ou pour autre chose...

Je suis dans un chalet perdu entouré de neige et je me demande bien ce que je fais là, pourquoi il m’ont passée au karcher quand je suis arrivée et ce qu’ils ont fait de mes vêtements. « Vous savez dans quel état vous êtes arrivée ? » me dit le cynique «  Quoi ? Pas toute nue quand même ? » « Pas en état de prendre la moindre douche en tout cas, et les vêtements, nous on n’en a pas vus »

Qu’est-ce que j’ai bien pu faire, je prends mon collier autour des seins pour un maillot de bains. Pourquoi suis-je si fatiguée, et attachée, pourquoi on me glisse un bassin sous les fesses comme dans les hôpitaux, je ne suis pas dans un hôpital, et je n’arrive pas à me concentrer pour faire pipi, mais je saigne, c’était fini mes règles pourtant, non peut être pas. On me lave, on me met une couche comme à un bébé. Bon, maintenant que je suis réveillée, je peux partir ?

Du temps passe, je somnole, la lumière est blafarde. Quand le gentil passe, j’essaie de lui faire comprendre, que je dois partir, que ça va. Mais qui suis-je ?

C’est Noël et j’ai le droit de voir mes enfants à travers la vitre, ils sont avec ma sœur (laquelle ? On dirait celle qui habite si loin), ils sont tout petits. On se fait coucou à travers la vitre. C’est tellement triste.

Ils me diront plus tard qu’ils étaient venus près de mon lit, qu’ils m’avaient embrassée, que ma sœur, en fait celle qui n'habite pas loin, avait dit d’un ton joyeux : « tu sais quel jour on est aujourd’hui, le 14 juillet, c’est la fête nationale ! », mais je ne m’en souviendrai jamais, même en faisant un effort, en essayant d’écrire sur un papier quel jour j’étais arrivée, et par quels services j’étais passée. En tout cas, je ne saurai jamais dans lequel on a gardé mes vêtements, personne ne les a retrouvés, pourtant mon fils m’a assuré qu’il m’a habillée avant qu’ils m’emmènent.

J’étais arrivée le 10 juillet. Ils m’ont mise dans le coma et m’ont fait trois dialyses, après j’étais attachée à un cathéter et à une perfusion. Ce n’est pas la même chose ? Pour quoi faire ? Et pourquoi je l’ai su par mes enfants. Pourquoi c’est eux qui m’ont dit l’énorme dose de lithium que j’avais dans le sang ? Et pourquoi ils me demandent pourquoi ? Je dirai j’ai juste voulu dormir-mais ce n’est pas un somnifère le lithium-ni même un anxiolytique-alors j’ai pensé qu’il fallait en prendre beaucoup. Pour dormir.

Oui j'ai dit ça, à ces enfants si grands...

On me promet que je vais pouvoir partir, mais c’est plus long que prévu l’attente, pour une histoire de changement de personnel, ou de chef qui doit prendre une décision. L’espoir me rend l’attente supportable, je ne sais pas qu’on est en train de me tendre un piège. Quand enfin toute l’équipe du chalet me dit au revoir et bonne chance, toujours attachée sur un lit (un autre ?), deux types m’accompagnent dans un ascenseur, et je monte, je monte, pourquoi ? Le piège. J’arrive dans une sorte de centre d’accueil, on m’octroie une chambre. Je suis arrivée avec un groupe en fait, pour un stage. Il y a une sorte de hall immense avec un grand bar vide. Quand je sors de l’ascenseur, plusieurs personnes m’accueillent dont un capitaine de bateau, les cheveux blancs, sa casquette avec une ancre devant, et un grand sourire chaleureux. Mais ce doit être Le grand chef, juste là pour accueillir les stagiaires, je ne le reverrai plus, bien que je l’ai réclamé pour avoir des explications.

Et puis j’ai eu un trou noir. Je me revois avec les autres du groupe, un peu perdus dans les couloirs, moi toujours plus perdue que les autres. Ils se sont vite repérés, et ma chambre n’était pas dans le même couloir que les leurs. Moi, j’étais avec une fille que je ne connaissais pas mais qui avait l’air plus à l’aise, alors je l’ai suivie.

Mais ???  Pourquoi me suis-je retrouvée encore attachée, les avant-bras pleins de traces de piqûres, et d’énormes hématomes ?

La fille à côté de moi n’était pas la même que ma collègue du groupe de stagiaires. Celle-ci était blonde et me faisait penser à une autre blonde (une désaxée, d’un temps passé), elle avait le même prénom que moi et elle habitait dans la même ville que moi, alors assez vite, on s’est échangé nos adresses, surtout que j’étais presque sûre que j’allais partir aujourd'hui ou demain. Ce n’était qu’affaire de quelques visites, quelques pourparlers, un procès gagné d’avance et une grande fête pour marquer de nombreux départs simultanés. Mais ce fut bien plus long que je ne pensais. Il allait se passer de nombreux évènements, et je ne fus pas vraiment à la fête…

Je ne sais par où commencer    

 

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